1. Point de départ : chaos intestinal à 49 ans
Le début : je le sens dans mes tripes
On dit que le savoir, c'est le pouvoir. Mais à 49 ans, assis au bord d'un sentier forestier — là où il avait autrefois couru comme débutant —, il n'en était plus si sûr. Il avait passé une bonne partie de sa vie et de sa carrière à chercher une activité utile pour aider les autres — des dizaines de patients aux prises avec des maladies intestinales mystérieuses, l'autisme, voire la dépression — souvent en recourant à un traitement que la plupart des médecins jugent encore aujourd'hui inimaginable : la transplantation de microbiote fécal (FMT). Il lui est arrivé d'aider les autres. Mais son propre corps ? Sa propre vitalité ? À long terme ? Cela semblait lui échapper.
Il n'était pas malade. Pas vraiment. Mais quelque chose n'allait pas. La récupération était plus lente. Le sommeil, plus superficiel. La nourriture ne lui donnait plus d'énergie — elle l'endormait plutôt. Et peut-être le pire : sa curiosité s'était émoussée, comme un vieux scalpel oublié au fond d'un tiroir.
C'est alors qu'une question a émergé en lui : « Puis-je utiliser tout ce que je sais pour changer ma propre vie ? »
Ce n'était pas un simple virage de milieu de vie. Il avait déjà vécu bien des folies : jeûner pendant des jours, courir un marathon sur une piste de 400 mètres, retransplanter avec des collègues — de façon presque clandestine — les propres bactéries intestinales de nageurs olympiques, et même, une fois, celles d'un ultra-traileur d'élite en lui-même. Une semaine plus tard, il courait 71 kilomètres sans jamais heurter le mur. Une coïncidence ? Peut-être. Mais l'idée commençait à s'enraciner : et si les microbes détenaient la clé non seulement de la performance, mais de la véritable transformation ?
Ce blog — ce parcours — ne parle pas de biohacking ou de la poursuite de la longévité pour elle-même. Il cherche quelque chose de plus profond. Une forme de plénitude qu'il appelle « healthevity » — l'union de la santé et de la vitalité. La longévité en fait partie, bien sûr. Mais qui veut vivre longtemps dans un déclin lent ? Certainement pas lui.
Au cours des 31 prochaines semaines, il testera tout : nourriture, jeûne, thérapie fécale, stress, sommeil, sexe, soleil, compléments alimentaires. Il passera en revue des études, expérimentera sur lui-même, ira revoir des patients, et oui — peut-être qu'il homogénéisera encore une fois des selles.
Mais cette fois, c'est personnel. Le but ? Non seulement changer sa propre vie — mais prouver que le chemin vers une santé véritable, vécue et résiliente passe par l'intestin. Par ces trillions de microbes que nous ignorons, et qui détiennent peut-être le secret pour vivre non seulement plus longtemps — mais mieux.
Semaine prochaine : « L'organe invisible : découvrez mon microbiote. »
1. Cryan et al. (2019) – L'axe microbiote-intestin-cerveau
John F. Cryan, Kenneth J. O'Riordan, Caitlin S. M. Cowan, Kiran V. Sandhu & Thomaz F. S. Bastiaanssen, The Microbiota–Gut–Brain Axis, Physiological Reviews, 1er octobre 2019.
Ce qu'ils ont trouvé :
Le microbiote intestinal communique avec le cerveau par plusieurs voies — notamment le nerf vague, les signaux immunitaires et les métabolites microbiens, comme les acides gras à chaîne courte et les dérivés du tryptophane.
Il régule les fonctions cérébrales majeures : la réponse au stress (axe HPA), la neurogenèse, la myélinisation, les systèmes de neurotransmetteurs (par exemple le GABA, la sérotonine), ainsi que l'activité de la microglie.
Des études animales ont montré des effets significatifs sur l'humeur et le comportement : les souris axéniques, par exemple, présentaient une réponse au stress accrue, un taux de BDNF réduit et un comportement de type anxieux modifié — autant d'effets réversibles grâce à la colonisation microbienne.
Le laboratoire de Cryan a également montré que certains probiotiques (par ex. Lactobacillus) sont capables d'influencer le comportement émotionnel en modulant le nerf vague.
https://journals.physiology.org/doi/full/10.1152/physrev.00018.2018
2. Scheiman et al. (2019) — Analyse méta-omique chez des athlètes d'élite : identification d'un microbe augmentant la performance et agissant via le métabolisme du lactate
Jonathan Scheiman, Jacob M. Luber, Theodore A. Chavkin, Tara MacDonald, Angela Tung, Loc-Duyen Pham, Marsha C. Wibowo, Renee C. Wurth, Sukanya Punthambaker, Braden T. Tierney, Zhen Yang, Mohammad W. Hattab, Julian Avila-Pacheco, Clary B. Clish, Sarah Lessard, George M. Church & Aleksandar D. Kostic
Ce qu'ils ont trouvé :
Les auteurs ont étudié, à l'aide de méthodes méta-omiques, le microbiome intestinal de coureurs d'élite du marathon de Boston, avant et après la course.
Ils ont découvert que le genre Veillonella, en particulier l'espèce Veillonella atypica, se multipliait considérablement après la course, et pouvait se nourrir du lactate produit pendant l'effort.
Lorsque cette souche a été transplantée chez des souris, celles-ci ont montré une endurance environ 13 % supérieure lors de tests sur tapis roulant.
Selon le mécanisme identifié, Veillonella transforme le lactate en propionate (un acide gras à chaîne courte), ce qui pourrait améliorer la performance de course grâce à ce soutien métabolique.
Cette étude apporte une preuve causale que certains microbes intestinaux peuvent renforcer l'endurance. Elle met en lumière une nouvelle voie métabolique — lactate → propionate — par laquelle les microbes peuvent soutenir la performance sportive. Elle ouvre la voie au potentiel des probiotiques basés sur le microbiote pour améliorer l'endurance.
https://www.nature.com/articles/s41591-019-0485-4
3. Wang et al. (2020) — Un traitement prometteur pour le diabète de type 2 : la transplantation de microbiote fécal inverse la résistance à l'insuline et les altérations des îlots de Langerhans
Zezhen Wu, Bangzhou Zhang, Fengwu Chen, Rongmu Xia, Dan Zhu, Baolong Chen, Aiqiang Lin, Chuyan Zheng, Ducheng Hou, Xiaoyu Li, Shuo Zhang, Yongsong Chen
Ce qu'ils ont trouvé :
La résistance à l'insuline (HOMA-IR) et l'IMC se sont significativement améliorés dans les deux groupes FMT (avec et sans metformine) par rapport aux valeurs de départ.
La glycémie à jeun et postprandiale, ainsi que le taux d'HbA1c, se sont également nettement améliorés dans les groupes FMT — dans une mesure comparable à l'effet de la metformine.
La diversité microbienne intestinale a nettement augmenté ; de nombreux microbes spécifiques au donneur se sont installés avec succès chez les receveurs, dont Bifidobacterium adolescentis, qui présentait une corrélation fortement négative avec les valeurs de HOMA-IR.
L'étude apporte une preuve clinique humaine que la FMT peut améliorer significativement la santé métabolique, en renforçant la sensibilité à l'insuline et le contrôle glycémique dans le diabète de type 2, avec ou sans metformine.

