0. Le nouveau plan
Courons un ultra-marathon
Est-il possible qu'un homme d'âge mûr parfaitement ordinaire change son mode de vie et atteigne, en peu de temps, une performance physique dont il aurait été incapable auparavant ? Disposons-nous déjà d'assez de connaissances pour raccourcir ce délai ? Si l'expérience montre que la composition bactérienne issue de coureurs est plus efficace chez les patients chroniques, ne serait-il pas encore plus utile que ce microbiote provienne d'une personne à la performance extrême ? Pouvons-nous aider ceux qui souhaitent faire du sport mais n'arrivent pas à s'y mettre, ceux qui veulent changer de mode de vie, en leur donnant une béquille : construire en eux cette matrice bactérienne que les sportifs extrêmes développent dans leur organisme au fil de longues années ?
Il ne connaissait la réponse qu'à une infime fraction de ces questions. Il avait une expérience personnelle du traitement des maladies chroniques, il avait vu combien les extraits provenant d'un même donneur pouvaient différer selon le moment, mais pour des raisons éthiques compréhensibles, les connaissances progressaient lentement.
Mais seul, il pouvait expérimenter : il pouvait tenter de tester ce dont il était capable, disons, en 300 jours. Il pouvait changer son alimentation, ses habitudes de sommeil, remettre ses genoux en état, faire du sport au moins 5 jours par semaine, 1 à 2 heures par jour, et… courir un ultra-marathon. Supposons qu'à 48 ans il double son âge en kilomètres : cela ferait 96 km. Et il aurait mis à profit tout le savoir accumulé au fil des années : il se serait traité lui-même comme son propre patient, aurait fait examiner son microbiote à un moment et une phase d'entraînement donnés, puis, avec l'aide de ses collègues, aurait tenté de survivre à la distance et de la terminer grâce à un transfert de microbiote.
Le nouveau plan : un dopant. Tout à fait légal. Il se serait préparé, mais n'aurait rien laissé au hasard : il aurait utilisé ses propres bactéries pour rester en vie tout en réalisant son idée.
Il n'était plus coureur de fond, et n'avait jamais été ultra-traileur. Mais tout comme d'autres améliorent leurs performances à l'EPO, lui aurait essayé de les booster par transfert de microbiote. Le trajet Tarragone–Barcelone fait environ 93 à 94 km, soit plus de deux marathons, et exactement le double de son âge. Après que son voyage, planifié depuis des mois, avait complètement changé ces dernières semaines, il voulait trouver un défi adapté à cette nouvelle situation.
Il voyait peu de chances que cela soit réalisable, mais c'est ainsi qu'agissaient jadis les Perses : quand un cheval ne courait pas assez vite, ils lui transplantaient un peu de « chevaux-vapeur » d'un concurrent plus performant.
Les détails n'étaient pas encore arrêtés, mais une chose était sûre : il voulait se préparer deux fois moins que ce que recommande la littérature pour une telle distance, et compenser le reste grâce à la science et à l'aide de ses collègues — au plus tard le 15 juin 2024. Cela fait exactement 300 jours à compter du 20 août 2023. De la folie, sans aucun doute…

